Dans ce nouvel article audio, Catherine Hervais (psychologue clinicienne et ex-boulimique) présente les particularités de la boulimie vomitive avec prise de poids.
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Lecteur audioLa boulimie vomitive n’empêche pas toujours les kilos en trop
Certaines personnes s’interrogent sur la raison pour laquelle, malgré une boulimie vomitive, elles ne parviennent pas à être minces, alors que d’autres réussissent à garder une silhouette très fine.
Fanny, une jeune femme souffrant de boulimie vomitive, est entourée en psychothérapie de groupe de personnes dont certaines, comme elle, se font vomir et sont minces. Bien qu’elle utilise les vomissements pour contrôler son poids, elle porte une taille 42/44, ce qui la désole.
Pour ceux souffrant de boulimie vomitive, la minceur est essentielle pour se conformer aux standards de beauté. Se voir en surpoids affecte le moral de Fanny, surtout quand elle se compare aux autres du groupe qui, en dépit de leur TCA, parviennent à préserver leur apparence.
« J’essaye de compenser mes kilos en trop par une attitude joyeuse, mais intérieurement, je me sens comme un boudin », avoue-t-elle.
Cette frustration est courante chez les boulimiques vomitifs qui, malgré leurs efforts, ne parviennent pas à être aussi minces que les autres.
Les vomissements partiels
Les vomissements partiels constituent une des raisons pour lesquelles la boulimie vomitive n’aboutit pas toujours à la minceur escomptée. Lorsque le vomissement est rapide, entre deux ingestions, l’aliment n’est pas totalement expulsé, laissant des calories être absorbées.
Bien que même les vomissements partiels et rapides entraînent une légère prise de poids, ils permettent souvent d’éviter l’obésité. Les personnes qui vomissent partiellement et fréquemment, comme Fanny, peuvent ainsi mener une vie sociale sans éveiller les soupçons. Le vomissement partiel et rapide permet une vie plus flexible.
La boulimie vomitive peut épuiser physiquement
En revanche, certaines personnes ont une boulimie vomitive dont les vomissements sont répétés plusieurs fois « jusqu’à ce que l’eau soit claire », ce qui leur prend parfois des heures, souvent en soirée quand elles sont seules. Cette méthode, bien que plus efficace pour ne pas prendre de poids, est très contraignante et épuisante.
Cependant, même ces vomissements intensifs-là ne garantissent pas toujours une minceur stable. Les calories commencent à être absorbées dès la mastication, notamment les glucides rapides, et le vomissement ne permet pas d’éliminer celles déjà digérées dans l’intestin grêle. De plus, les vomissements récurrents perturbent le métabolisme, qui se met en « mode survie » et devient plus efficace pour stocker les graisses, entraînant ainsi une possible prise de poids.
Certains ont besoin d’être chez soi pour faire des crises de boulimie
Contrairement aux personnes qui ont une boulimie vomitive très rapide après ingestion, celles dont la boulimie vomitive se termine par plusieurs vomissements jusqu’à ce que l’eau soit claire ressentent une grande tension en public parce qu’elles se restreignent. Elles attendent avec impatience le moment où, enfin seules chez elles, elles peuvent céder aux pulsions boulimiques.
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Quelques autres comportements compensatoires
Par ailleurs, quand on a une boulimie vomitive et qu’on parvient à rester très mince, on adopte souvent des comportements compensatoires supplémentaires. Certains pratiquent une activité physique intense ou ont recours à des laxatifs ou à d’autres méthodes pour éliminer un maximum de calories.
L’inconvénient de la boulimie vomitive
La boulimie vomitive comporte des dangers indéniables pour la santé physique, même si, pour certains, elle est perçue comme un moindre mal face à la peur de la prise de poids. Les vomissements répétés abîment l’œsophage et les dents et augmentent le risque d’étouffement par fausse route. Pour les personnes incapables de vomir, l’alternance entre crises boulimiques et périodes de jeûne est parfois une solution, bien qu’elle ne convienne pas à tout le monde.
L’acquisition d’un sentiment de soi
Heureusement, on ne se fait pas vomir toute sa vie, car on ne reste pas boulimique toute sa vie, à condition d’identifier et d’éliminer les troubles de la personnalité qui rendent nécessaire de s’apaiser en mangeant.
Encore faut-il faire une psychothérapie centrée sur l’acquisition d’un sentiment de soi, et non, comme c’est le cas avec la thérapie cognitive et comportementale appliquée à la boulimie, en analysant les émotions et les pensées avant et après avoir mangé.
La boulimie pour ne pas penser et pour s’anesthésier
Pour avoir été moi-même boulimique, je sais qu’on n’a pas de pensée ni d’émotion avant une crise de boulimie. C’est une pulsion qui n’a pas de mots pour se dire. Elle renvoie aux peurs de cette époque de la vie où l’on n’a pas encore les mots. Les fameux mille premiers jours dont parle si bien Boris Cyrulnik dans ses derniers livres.
Il faut lire Boris Cyrulnik, ou au minimum l’écouter dans les différentes interviews de ces dernières années sur YouTube, où il revisite le concept de résilience à la lumière des recherches en imagerie mentale et des découvertes neuroscientifiques. Ce que ce neuropsychiatre exprime est infiniment pointu, mais il sait le mettre à la portée de tous.
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Pour se trouver soi il ne faut plus chercher à plaire
Si l’on veut être sûr de s’en sortir sur le long terme, il est préférable de trouver un psy qui va aider la personne souffrant d’addiction alimentaire à ne plus jouer un rôle pour plaire, mais à développer sa personnalité authentique et ses compétences sociales lorsque l’affectif est en jeu.
Ce type de psychothérapie, souvent en groupe, est aussi recommandé pour les personnalités borderline.
On ne peut se rencontrer soi que face à l’autre
Pour se débarrasser d’une boulimie vomitive ou de toute autre addiction sévère, les addictologues estiment qu’il est nécessaire d’apprendre à vivre avec les autres, d’explorer la relation authentique à autrui pour rencontrer l’autre et soi-même. Car il faut être face à l’autre pour mieux se comprendre, découvrir une manière d’être et de communiquer qui permette l’estime de soi. Une estime de soi stable réduit les angoisses, au point qu’on n’ait plus besoin de se réfugier dans la nourriture ni une autre addiction pour fuir son mal-être.